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Parc de la Tête d'Or : le buste l'Abbé Rozier a retrouvé son air de jeunesse

Le buste avant rénovation
Le buste avant rénovation

 

Connaissez-vous le buste de l'abbé Rozier ? On peut le voir au parc de la Tête d'Or, à l'une des entrées du jardin botanique. En janvier 2019, il a retrouvé son éclat d'origine grâce aux travaux de restauration effectués par Fanny Grué, restauratrice de sculptures, diplômée de l’Institut National du Patrimoine. Il faut dire que depuis 1923, date de son installation en ce lieu, ce buste œuvre du sculpteur Robert Benoist, avait souffert de l'usure du temps et des atteintes d'un lierre envahissant.

 

Le voilà donc redevenu blanc comme à l'origine, taillé dans un marbre de Carrare. Il a retrouvé sa place sur son socle également rénové, mais bien plus ancien puisque celui-ci est daté de 1811. Ce socle est l'œuvre d'un autre sculpteur qui s'est particulièrement illustré à Lyon dans l'art funéraire : Pierre Marie Prost.

 

 

1811-1923 : pourquoi un tel écart de dates entre le buste et son socle ?



Après restauration. Photos : Fanny Grué (un clic pour agrandir)
Après restauration. Photos : Fanny Grué (un clic pour agrandir)

 

Un premier buste de l'abbé Rozier, dû au sculpteur Joseph Chinard avait été installé sur le socle de Pierre Marie Prost, dans l'ancien Jardin des Plantes situé au bas des pentes de la Croix-Rousse.

 

Lorsque le Jardin des Plantes a été transféré au tout nouveau Parc de la Tête d'Or, en 1857, le monument a été déplacé dans l'Orangerie du parc, mais le buste a été détérioré et il a finalement disparu. Peu après, une réplique en plâtre peinte de couleur bronze, réalisée par le sculpteur Étienne Pagny, fut installée à sa place.

 

On prit la précaution de la mettre sous une petite marquise métallique pour la protéger des intempéries. Mais cela ne suffit sans doute pas pour assurer sa pérennité, puisqu'il fallut faire réaliser un troisième buste, celui installé en 1923 qui vient d'être magnifiquement restauré*.

 

* Ce buste est un dépôt du musée des Beaux-Arts de Lyon et appartient à la série des "hommes illustres".



Étonnant personnage que l'abbé François Rozier et qui mériterait d'être mieux connu. Il naît à Lyon en 1734. C'est un homme du siècle des Lumières, un esprit brillant, ouvert aux idées des philosophes, ce qui lui vaudra beaucoup de jalousie et d'hostilité.

 

Devenu prêtre sans réelle vocation religieuse, il s'intéresse tout particulièrement aux plantes et à l'agriculture. À Lyon, en 1761, il devient professeur de botanique, puis directeur de l'enseignement, dans l'école vétérinaire fondée par Claude Bourgelat. Il y crée un grand jardin, mais jaloux de sa réussite, Bourgelat le fait révoquer.

 

Il voyage beaucoup, en France, mais aussi aux Pays-Bas, en Pologne où le roi Stanislas Auguste l'appelle pour fonder un jardin et une chaire de botanique. Il est à l'initiative et le principal rédacteur d'un monumental Cours d'agriculture en 12 volumes, dont certains seront publiés après sa mort.

 

De retour à Lyon en 1786, il accepte le poste de directeur de l'École d'agriculture. Il créé la Pépinière royale à Vaise. Lorsqu'arrive la Révolution, il s'engage avec enthousiasme dans le mouvement et devient prêtre assermenté de l'église Saint-Polycarpe sur les pentes de la Croix-Rousse. Ironie du sort, il meurt d'un éclat de bombe, en 1793, lors du siège de Lyon par les troupes de la Convention, alors qu'il était dans son lit, dans la cure de son église.


 

LE COLUMELLE FRANÇAIS

 

Pourquoi ce titre mystérieux décerné à l'abbé Rozier sur le socle réalisé par Pierre Marie Prost ?

 

Lucius Junius Moderatus Columella dit Columelle est un agronome romain de la première moitié du 1er siècle après JC. Il est célèbre pour avoir écrit un traité d'agriculture en douze livres intitulé Res rustica, qui est une source d'information irremplaçable sur les pratiques agraires dans les grands domaines de l'Italie antique.

 

Nul doute que par cette comparaison, l'auteur de l'inscription ait voulu rendre un hommage appuyé à l'abbé Rozier, à une époque où la culture latine parlait encore au public des jardins.


Article rédigé d'après des documents transmis
par Fanny Grué. Avec tous nos remerciements
pour son aimable autorisation.

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